Premier mouvement
L’aide à mourir, une dérive législative : au bout, la solution de la mort.
La loi Leonetti : une réponse juste à une question juste
La loi Leonetti, en 2005, était une loi humaine, mais elle ouvrait la frontière d’une pente vertigineuse. Glissante. Risquée. Elle est née du constat que nul ne pouvait nier : la médecine, dans sa volonté de puissance exponentielle, avait fini par oublier que son ennemi n’était pas la mort, mais la souffrance inutile.
L’acharnement thérapeutique — cette obstination mécanique à maintenir un corps en état de fonctionnement biologique alors que l’être humain qui l’habitait avait déjà commencé son renoncement et son passage — était une violence. Une violence propre, blanche, institutionnelle, mais une violence. Et il était juste de lui poser une limite.
Ce que la loi Leonetti avait compris, c’est qu’il existe une différence essentielle entre laisser mourir et faire mourir. Entre accompagner le mourant jusqu’au seuil et le pousser au-delà. Entre renoncer à l’acharnement et renoncer à l’humanité d’un homme.
Elle se tenait sur cette frontière périlleuse avec une certaine fermeté. Trop peut-être… Car des miracles surgissent parfois, là où tout semble perdu, là où le souffle se brise et le cœur se fige… là où la chair, telle une fleur rebelle, se dresse, bouscule les lois de la biologie et défie l’horizon médical.
Et elle ouvre une énigme. Celle de la vie, irréductible aux statistiques, aux dogmes médicaux, et aux spéculations logistiques.
Pourtant, et malgré ce mystère, la loi Leonetti demeurait sur cette ligne de crête — imparfaite, certes, mais orientée vers le glissement naturel de la vie qui s’éteint, en douceur, accompagnée d’analgésiques ou de soins de confort. Hydratée et nourrie jusqu’à terme.
La loi Claeys-Leonetti : le glissement sémantique comme stratégie
Puis 2016 sonna, et la loi Leonetti opéra un glissement qui n’alerta personne. Elle ne disparut pas, mais elle bifurqua ; ou plutôt, elle se dupliqua en un double ambigu, qui malgré quelques amendements humanistes, portait le germe d’une inhumanité programmée.
La loi Claeys-Leonetti apparut. Et avec elle, quelque chose de beaucoup plus inquiétant — non pas parce qu’elle se présentait comme brutale, mais précisément parce qu’elle ne le faisait pas. Elle avançait masquée, parée du vocabulaire de la bienveillance : directives anticipées, respect des volontés, accompagnement de fin de vie. Tout cela sonnait doux, tout cela sonnait digne. Respectueux, empathique.
Mais au cœur de la loi, presque en passant, presque entre deux lignes, une requalification décisive s’opérait : l’hydratation et l’alimentation par voie entérale cessaient d’être des soins pour devenir des traitements. Un mot. Un seul glissement de mot. Et derrière ce mot, un monde basculait.
Nous n’avons pas mesuré l’ampleur de ce basculement. Pas seulement dans ses conséquences médicales ou juridiques — mais dans sa signification ontologique. L’eau. L’origine. La fin. Donner de l’eau. Désaltérer, laver, initier. Baptiser. Ce simple geste qui accueille la naissance et bénit la mort.
Entre ces deux rives, toute civilisation digne de ce nom a reconnu dans l’eau davantage qu’une substance : une promesse amniotique. Enveloppant de ses ondes, la vulnérabilité. De la conception à la nuit inconnue.
Dans toutes les cultures sans exception, donner à boire est le geste de la reconnaissance du visage de l’autre. C’est la caresse qui murmure : tu es vivant, et ta vie m’engage. Les grandes traditions spirituelles, les mythologies les plus anciennes, les codes d’honneur des peuples archaïques convergent sur ce seuil inviolable : même à l’ennemi, même au condamné — on donne de l’eau.
Dans l’Évangile selon saint Matthieu, le Christ sépare la brebis du bouc ; métaphore de l’humanité, et de ceux qui l’ont désertée. Et cette phrase, cette simple phrase dessine une frontière irrévocable : J’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire. Cette parole n’est pas seulement une invitation à la charité. Elle est une théophanie : le visage du mourant assoiffé est le visage de Dieu. “J’ai soif” supplie Jésus sur la Croix, en écho à l’inhumanité de ses bourreaux. Refuser l’eau, c’est arracher Dieu de la chair de l’homme. C’est un déicide.
Ce simple geste que toutes les civilisations avaient reconnu comme le degré zéro et absolu de l’écriture éthique, la loi Claeys-Leonetti en a fait une option médicale — un privilège que l’on peut rationner, suspendre. Supprimer.
Ce n’est pas un progrès. C’est une régression d’une profondeur abyssale, et que nous n’avons pas encore tout à fait mesurée. Derrière elle, apparaît une logique implacable : la chair n’est plus habitée, elle n’est plus le tabernacle inviolable du Vivant… Ce corps est saisi dans un maillage technologique, dans un réseau financier collectif qui le soumet à une logique relative et non plus souveraine. Celle de l’optimisation. Un corps qui ne produit plus, devient obsolète.
Ce corps n’est plus regardé comme une présence, mais comme une variable. Sa chair se dissout dans les lignes de code, les flux… Peu à peu, il cesse d’être une présence pour devenir une chose à administrer. Tant qu’il produit, il justifie sa place. Lorsqu’il ne produit plus, il devient une charge. Et toute charge, dans l’univers de l’optimisation, appelle une réduction. Ainsi s’installe, sans jamais se nommer, une étrange tentation : celle de faire disparaître ce qui coûte davantage qu’il ne rapporte.
L’affaire Vincent Lambert : la jurisprudence de l’inhumanité
Vincent Lambert n’était pas en fin de vie. Une mécanique narrative s’est mise en place : répéter qu’il l’était jusqu’à ce que cette affirmation acquière la force d’une évidence. Ce mensonge servait un agenda particulier : la destruction méthodique de la souveraineté humaine au service d’un écosystème inversé. Inféodé au chiffre et au rendement. Violant le serment d’Hippocrate ; arrachant les racines déjà fragilisées de son humanité.
Vincent Lambert était dans un état pauci-relationnel, de conscience altérée, oui — profondément diminué, oui — mais il réagissait. Il présentait ce que certains médecins et ses proches reconnaissaient comme des signes de vie relationnelle. Il n’était pas mourant. Il était handicapé. Lourdement, peut-être irrémédiablement handicapé — mais vivant.
Deux gouvernements successifs et deux médecins ont décidé de suspendre son alimentation et son hydratation. Malgré la décision de la cour d’appel de Paris, et des organismes internationaux de défense des handicapés. Il est mort comme meurent tous ceux à qui on refuse l’eau et la nourriture : lentement, de faim et de soif. La bouche grande ouverte sur son cri silencieux.
La sédation profonde était là pour que personne n’ait à regarder cela en face. Pour que le processus reste propre, médical, acceptable. Mais derrière le voile chimique du sommeil artificiel, c’était une mort organisée — une torture délibérée.
L’affaire Lambert a fait jurisprudence. Elle a dévoilé ce que la loi Claeys rendait légalement possible. Et elle a produit, dans l’opinion, un fruit que ses promoteurs n’avaient peut-être pas entièrement anticipé : elle a dégoûté. À juste titre. Cette mort lente sous sédation, cette agonie masquée, cette mort par la torture de la soif dans un hôpital du XXIe siècle — a révolté des populations qui n’auraient jamais spontanément demandé l’euthanasie.
Et ce dégoût a été récupéré, orienté, mis au service d’un argument que l’on entend désormais partout : puisque cette mort-là est indigne, donnons-en une plus propre. Sans bavure. D’un clic de seringue.
L’horreur de la loi Claeys aura servi à préparer le terrain pour ce qui suit.
L’aide à mourir : l’euthanasie au bout du glissement
Ce qu’on appelle aide à mourir, c’est de l’euthanasie. Le mot est plus court, plus précis, derrière le masque. Osons regarder ce mot en face. Les yeux grands ouverts. Déchirons le masque aseptisé d’une civilisation qui a une peur pathologique des mots exacts — parce que les mots exacts obligent à penser. Puis à habiter cette pensée. Et l’acte qu’elle engendre. Alors on dit aide à mourir, on dit accompagnement, on dit dignité dans la mort. On dit tout sauf ce qu’on exécute : administrer délibérément une substance létale à un être humain pour provoquer sa mort. Ainsi, les thanatocrates s’en lavent les mains. Ils évacuent remords et culpabilité.
Ainsi les maîtres contemporains de la mort n’ont plus besoin de porter son visage. Ils pervertissent les mots, colonisent leur substance sacrée ; ils déplacent les frontières, dissolvent les responsabilités dans le langage de la compassion. Et lorsque l’acte est accompli, lorsque la vie a été volontairement interrompue, il ne reste plus personne pour répondre de la mort : elle a été rebaptisée soin, liberté, dignité. Le vocabulaire accomplit ce que la conscience a éludé.
Je ne nie pas la réalité de la douleur qui sous-tendrait des demandes individuelles de mort. Je dénonce un système qui se met en place, autour d’un noyau qui spolie la vie de son germe sacré. Je ne nie pas que des gens souffrent, que des fins de vie puissent être atroces, mais nous interrogeons-nous sur ces morts qui sont des naufrages ?
Osons nommer l’abandon des mourants ? La terreur de la faille, la démission devant la fragilité d’un regard qui supplie, d’une main qui saisit la nôtre ou d’un souffle qui halète ? Avons-nous tenté le jusqu’au-boutisme du soin ? Avons-nous investi dans les soins palliatifs, ou avons-nous abandonné des milliers de mourants à la solitude…
Ou avons-nous produit une médecine qui sait prolonger la vie mais ne sait plus accompagner la mort. Et finalement, répond à la douleur, non en la corrigeant, non en la soulageant, mais en l’amputant de la vie.
Et en exécutant la solution de la mort.
Oui, maintenant que l’addition se révèle trop coûteuse, qu’aucun investissement même, ne remplace l’amour, la douceur humide d’une bouche qui se pose sur le front d’un mourant, une dernière fois, et prononce les mots de la réconciliation, de la paix, de la promesse,
Nous offrons la seringue.
Civilisation hypocrite. Civilisation idolâtre de son confort à moindre coût, à moindre intensité émotionnelle… Peut-on parler du libre choix du patient lorsqu’une personne âgée, malade, dépendante, à qui on a induit la conviction qu’une telle vie est indigne d’être vécue et représente un poids pour sa famille et pour le système de santé, demande à mourir ?
Dans quel sens souffle le vent de cette liberté-là ? Ce qu’on appelle autonomie ressemble à une pression sociale habillée en droit individuel.
La pente glissante n’est pas une métaphore : en Belgique, aux Pays-Bas, au Canada, en Espagne, les critères d’accès à l’euthanasie n’ont cessé de s’élargir depuis la légalisation. Ce qui était réservé aux malades en phase terminale s’est étendu aux malades chroniques, aux souffrants psychiatriques, aux personnes âgées fatiguées de vivre. Aux dépressifs, aux pauvres. Aux mineurs. Ce qui était exception est devenu la norme. Ce qui était un ultime recours est devenu parcours de soin. Pression sociétale. Stigmatisation de toute étrangeté.
Peu à peu, la vie cesse d’être un mystère pour devenir une variable. Ce qui ne peut être mesuré dérange ; ce qui dérange appelle une gestion ; ce qui est géré finit toujours par être évalué.
Pour une optimisation du coût de la santé. Un collectivisme de la vie comme matériau à disposition. Contrôlée.
Sous le masque humaniste : la logique de la mort miséricordieuse
Alors apparaît le fantôme du programme Aktion T4 — la dictature de la pensée s’empresse de disqualifier ce parallèle dès qu’il est invoqué, en agitant le spectre du point Godwin comme on brandit un talisman pour se dispenser de voir l’abîme.
Alors j’anticipe l’objection : non, je n’affirme pas que des trains vont rouler vers des camps. Non, je n’annonce pas que des médecins vont arracher des malades de leurs lits pour les gazer ou les piquer de force. La comparaison n’est pas formelle. Elle est structurelle. Et c’est précisément cette distinction qu’il faut avoir le courage de nommer.
Le programme nazi T4 — l’extermination systématique des handicapés, des malades mentaux, de ceux jugés inaptes à la vie productive — portait un nom : Gnadentod. La mort miséricordieuse. Ses promoteurs parlaient de compassion, de libération de la souffrance, de dignité rendue à des êtres que la maladie avait défigurés. Le vocabulaire est le même.
Pas par hasard.
Ce qui est en jeu, dans les deux cas, c’est une décision fondamentale sur l’essence même de la vie humaine. Est-ce que la dignité d’un être humain est mesurable ? Comptable ? Ou est-elle irréductible, inviolable ?
Est-elle non négociable ? Indépendante de sa capacité à fonctionner — ou bien est-elle conditionnelle ? Est-elle liée à sa rentabilité ? À sa performance ? À sa place dans l’économie générale d’une société qui gère ses vivants comme un fond de roulement de ressources humaines ?
Nos sociétés libérales se définissent et croient se structurer contre le nazisme, elles le désignent en mal absolu, traçant la ligne sanglante et infranchissable de la barbarie. À l’autre versant de cette ligne tabou, la civilisation. La démocratie.
Mais cette même démocratie libérale légalise une logique dans laquelle les êtres humains ne sont plus des personnes dont la vie est consacrée, mais des unités d’un stock — exploitables tant qu’ils produisent. Cet esclavage irrémissible est recouvert de maquillage sémantique — aide à mourir, mort dans la dignité — lorsqu’ils ne le peuvent plus.
La différence entre la mort miséricordieuse nazie et l’aide à mourir contemporaine, c’est le consentement. Soit. Mais dans une société qui détourne le regard de toute fêlure, et considère la vieillesse comme une calamité, le handicap comme une tare, et qui fait peser sur le malade la culpabilité d’être un fardeau — ce consentement est-il vraiment libre ? Ou est-il la dernière forme, la plus subtile, la plus polie, d’une violence imposée sur ceux dont la vie dérange ?
Une ultime effraction.
Nommer cette logique, ce n’est pas caricaturer. C’est faire mémoire. C’est refuser l’amnésie qui nous permet de croire que les exterminations du passé sont circonscrites dans l’Histoire. Que la barbarie appartient aux monstres innommables, aux cauchemars — jamais à nous, hommes et femmes ordinaires, jamais sous le soleil du consensus démocratique et libéral. Jamais sous l’ordre du contrat social, administrant la mort quand l’équilibre économique ou eugéniste de celui-ci est menacé.
Nous aimons croire que la barbarie porte un uniforme. Qu’elle parle une autre langue que la nôtre. Qu’elle vient d’ailleurs, de l’hyperborée engloutie des mythes… mais la barbarie ne revient jamais sous le même refrain. Désormais son visage est posthumain. Elle change de vocabulaire. Elle n’apprend plus à parler le langage de la compassion. Ou de la transfiguration. Elle articule celui de la transmutation. Et, en fin de cycle, du recyclage.
Du grand remplacement de l’Homme.
Mais le lys rebelle de l’humanité se lèvera de la cendre et des rires.

Second mouvement
La mort en bas de soie
Aujourd’hui la mort a mis ses bas de soie, sa robe de fête aux murmures d´éventail. Elle brise les éprouvettes, s’insinue au cœur des matrices, parfume les draps sales des mourants.
Elle vient.
En habit de lumière.
Elle lance ses artifices : « mort digne », « consentement à mourir»… Oui, glissement induit, sous son regard absinthe. Elle est si douce, la mort… un self shoot ultime pour un départ sans bavure, ni miasmes.
Aseptisée est la nuit.
La loi Claeys portait le masque des directives anticipées, testament pré-mortem, consentement à la sédation profonde et continue, occultant la torture de la faim, mais surtout de la soif. L’organisme lâche en trois jours, une semaine pour les plus robustes…
Sous midazolam.
Sous sédation profonde et continue, c’est entendu… Pas assez pour mater l’horreur de la bouche grande ouverte, suffocant sous les vagues de feu d’une soif volontairement inextinguible.
Par un glissement sémantique, un tour de passe-passe pervers corrompant le sens, l’alimentation et l’hydratation ne sont plus des soins, ultime caresse d’humanité, mais un « traitement ». Voici le piège mortel de la loi Claeys. Grand ouvert, sous le maquillage humaniste des « directives anticipées. »
Le clown attend, il vous attend… aux coulisses de la loi. Sa collerette empesée vous fait sourire ? Elle cache la torture. De la soif.
Alors, dans ce contexte patiemment orchestré de petites mains impeccables, gantées de légitimité médicale, au parfum d’éther et de gaz hilarant,
La mort s’invite en bas de soie.
Son parfum d´acier est pur, « miséricorde » glacée d’un système scellé. Performatif. Rentabilisant les vies des surnuméraires. Les corps périmés seront recyclés en dons d’organes, de foies, de reins, de coeurs, sonnant et trébuchant dans l’escarcelle de la Santé publique… Qui, sous son uniforme collectiviste, est inféodée aux laboratoires privés, aux flux financiers dont les vies, vos vies, sont les lignes à optimiser ou à liquider. Sans odeurs. Sans sueur, ni sang ni larmes.
Un self shoot ou sous mandat. Tel est le contrat de l’internationale libérale qui collectivise vos chairs pour les investissements d’une officine privée, officiant à camp ouvert d’un paradis artificiel.
Souriez ! Ultime capture d’image. Souriez ! Les dents sales des mourants seront cousues dans le silence d’une joie factice. Souriez ! La mort s’avance en bas de soie… frous-frous de neige alcoolisée. Plus de soif. L’éther d’un néant sans parfum ni visage ni amour, lance son drap de craie sur votre ultime sourire.
Vous l’avez choisie n’est ce pas, la mort, cette tangente ultime, cristallisant son masque d’apparat.
Oui, la mort miséricorde appartient déjà à l’Histoire d’un programme innommable, l’Aktion T4… Vous, vous l’avez choisie, cette mort, un coup de seringue, un selfie fatal, trois petits jours et puis s’en vont… « dignement », sans témoins.
Vous l’avez choisie, en êtes vous si sûrs ? Aviez vous un autre récit, une fin plus tendre… celle de la main qui effleure, du visage qui se pose, de l’ultime baiser…
Aviez vous l’issue des nuits sans douleur, ni sang vomi, dans les hoquets d’une agonie interminable ? Les anti douleurs sont pour les riches n’est-ce pas… ceux qui paient. Ceux qui peuvent. Ceux qui savent. Vous, vous pointez à la fabrique de la douleur, puis de la soif, puis du consentement à la mort, comme vous avez pointé toute votre vie violée, aux scénarios officiels de vos maîtres. Eux qui ont colonisé vos atomes, votre souffle, votre sang.
Une mort sans odeur, ni douleur… On vous a menti. Les joueurs de flûte vous attirent à la chambre funéraire. La lourde porte d’acier claque sans retour, ni combat.
Car parfois le corps suffoque, la bouche hurle dans un cri étouffé. Le souffle résiste. La vie rebelle se cabre, renversée, sous l’étranglement du midazolam. La bouche grande ouverte déchire votre visage, mais nul ne l’entend.
Parfois, à deux mains sous l’oreiller, un médecin vous aide, à partir « proprement », quand le souffle récalcitrant s’entête à murmurer encore. Mais nul ne l’entend.
Véronique Lévy
Epilogue
Montre-moi ton visage
Véronique Lévy
“Bonsoir, petite orpheline vampire… Es-tu une enfant mort-née sans baptême ?
-Où vont les enfants morts-nés sans baptême ? “, lui dis-je.
“Dans les limbes”, me répond-il.
Il me confie qu’il veut se faire baptiser. Je le regarde. Il a un visage d’icône ; son regard est insondable, pénétrant et se dérobant à la fois, insaisissable, perdu dans un ailleurs plus intense, une présence si dense qu’elle l’aspire en son feu. Il est là et au-delà…
Véronique Lévy.
Extrait de Montre moi ton visage- Cerf



Partager cette page
Partagez cette page avec vos amis !